Vers un nouvel âge de la démocratie
9 juin 2010 par adminLe Parti socialiste s’est bel et bien engagé dans une profonde rénovation.
N’en déplaise aux âmes chagrines : qu’on me cite un seul acte politique, depuis que les congrès socialistes proclament tous le non cumul et le renouvellement (c’est à dire depuis fort longtemps), qui soit à la hauteur de ce qui est proposé au vote des militants le 24 juin prochain ?
Que n’aurait-on pas dit et écrit si Martine Aubry avait refusé le dialogue avec les sénateurs et les députés, n’avait pas pris en compte des situations individuelles particulières ? Que n’aurait-on pas pensé si, de nombreux leaders s’engouffrant alors immédiatement dans la brèche, le PS était sorti hier déchiré de son conseil national ?
Cela fait tant d’années que, dans ma génération politique notamment, on aspire à ce que la République dispose de parlementaires à plein temps, qu’il faudrait être particulièrement masochiste pour bouder aujourd’hui son plaisir.
Si les militants le confirment par leur vote, les parlementaires socialistes devront en septembre 2012 renoncer à l’exercice d’un mandat exécutif local.
Cela sera gravé dans le marbre des statuts du PS et vaudra pour toutes les élections parlementaires ultérieures.
Il y deux faces à cette belle médaille.
Le parlementaire à plein temps implique également l’élu local à plein temps.
Un élu local qui a aujourd’hui des responsabilités sans commune mesure avec celles qui étaient les siennes il y a encore 20 ans. Un élu local qu’un statut viendra protéger et qu’un nouvel acte de la décentralisation viendra encore renforcer après la victoire de la gauche en 2012.
Le non-cumul, c’est aussi mettre la coopération au cœur des projets de territoires : de la commune à la région, une personne ne pourra plus prétendre elle seule occuper tous les bouts de la chaîne. Et plus de coopération, c’est plus de participation et plus de démocratie.
Quant au futur parlementaire sans mandat exécutif local, outre le fait qu’il pourra siéger sans délégation dans les assemblées locales, il restera élu au scrutin uninominal (sauf certains sénateurs à la proportionnelle, comme aujourd’hui).
Ce qui veut dire que celui qui se couperait de sa circonscription pour ne plus s’égayer que sur les cimes parisiennes, serait le premier à en faire les frais.
Les députés et sénateurs sans cumul, élus et même parfois réélus, proches du terrain et des citoyens, cela existe déjà par dizaines !
Le risque de coupure est surtout un argument des opposants au non-cumul.
Il ne tient qu’aux partis que cette culture politique se développe jusqu’à devenir irréversible.
C’est en cela que l’exemplarité a de la valeur et que les socialistes ont raison de ne pas attendre le vote d’une loi pour agir.
Cette exemplarité des socialistes sera, quoi qu’il en soit, jugée aux actes : si nous investissons 50 % de femmes et d’hommes, avec tous d’égales chances d’éligibilité, plus de jeunes, plus de personnes issues de l’immigration, de toutes conditions sociales, nous aurons réussi à montrer que la limitation du cumul du mandat peut ouvrir un nouvel âge de la démocratie.
J’entends aussi que cyniquement, la mise en œuvre étant prévue après la présidentielle, on pourrait toujours s’asseoir joyeusement sur tout cela le moment venu.
Le meilleur antidote serait que chacun s’engage dès aujourd’hui à ne pas (ou plus) cumuler entre exécutif local et parlementaire.
En ce qui me concerne, si les électeurs du canton Nancy Nord me renouvellent leur confiance l’année prochaine, j’aurai un choix à opérer.
Si la gauche restait majoritaire au conseil général et que le président me confiait à nouveau une vice-présidence, je ne la conserverais que si je ne me présentais pas à la législative de 2012.
Pour ne pas donner dans la langue de bois, je dois ajouter qu’en 2012, j’aurai (comme d’autres) à choisir entre solliciter l’investiture du PS pour la législative ou le faire pour la municipale de 2014. Et ce ne sera pas les deux.
Qu’il soit tout de même permis de préférer au cynisme, l’optimisme et la conviction que Martine Aubry, qui a tenu bon contre de forts vents contraires sur la rénovation, poursuivra ce mouvement salutaire pour la démocratie.


